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Résumé

C’est fait. L’Apocalypse a eu lieu.

Malgré tous les efforts d’Emma Paddington, son manoir, la ville de Bridgeport et le reste de la planète ne sont plus qu’un champ de ruines. Quant aux habitants de Dark Road End, ils ont payé le prix fort et pleurent leurs disparus.

… La fin du monde, hein ?! Nom de nom, ce fourbe d’Abaddon n’aurait jamais dû s’attaquer à une fille de San Francisco ! S’il faut affronter les forces maléfiques du Dessous pour remettre l’univers d’aplomb, Emma les affrontera, par Charybde !

On est Gardienne ou on ne l’est pas !

C’est pourtant à un adversaire plus retors qu’une armée entière de démons que la psychologue la plus atypique de toute la Californie va avoir affaire : Balthazar, le Défaiseur de Temps.


Extrait

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Chapitre 1

« Everything I do, I do it for youuuuuuuuu. »

En entendant la voix éraillée de son cher Bryan Adams, Emma Paddington poussa un petit soupir de bien-être. Les yeux toujours fermés, elle se retourna dans le lit et s’enfouit un peu plus profondément dans les draps.

Son smartphone continuait à diffuser sa chanson préférée, une façon de se réveiller autrement plus agréable que la sonnerie stridente d’une alarme conventionnelle. Bien qu’il ne soit pas fan du chanteur, c’était Will qui avait téléchargé pour elle sa chanson favorite, pour la tirer des songes en douceur chaque matin.

Quel garçon merveilleux ! songea-t-elle en s’étirant, faisant autant allusion au compositeur canadien qu’à son adorable fiancé.

Justement, elle entendait ses pas dans le couloir. Allait-il la réveiller avec la surprise d’un petit déjeuner au lit ? Bon, la surprise était toute relative puisqu’il le lui apportait chaque matin, mais après près d’un an de vie commune, elle continuait de savourer à leur juste valeur toutes ses petites attentions.

L’homme le plus fabuleux de la planète, et c’était elle qu’il avait choisie ! Au moment où elle le formulait, à la façon d’un mantra, une pensée indistincte et vaguement désagréable parasita sa béatitude encore somnolente. L’espace d’une seconde, aux côtés de l’image mentale de son fiancé était apparue une autre silhouette, trop floue pour qu’elle la reconnaisse : masculine, dotée d’un discret embonpoint, les cheveux bruns en bataille et deux yeux couleur émeraude étrangement perçants.

Fichtre, qui était ce type inconnu qui faisait irruption dans sa tête ? Contrariée, elle fronça les sourcils et ouvrit les yeux, remplaçant le Will de ses pensées par son double, bien réel, qui s’avançait vers le lit en portant précautionneusement son plateau.

— Le petit déjeuner de Mademoiselle est avancé ! annonça-t-il avec cérémonie en s’asseyant sur le faible espace de matelas qu’elle lui avait laissé.

Sourire aux lèvres, Emma se redressa pour se caler contre son oreiller, se faisant l’effet d’une princesse.

C’était fort agréable, et plus encore l’amour qu’elle lisait dans les yeux sombres de son fiancé lorsqu’il se pencha pour l’embrasser tendrement, une main sur le plateau pour éviter qu’il se renverse. Heureusement qu’il n’était pas maladroit ! Elle était si ordonnée et maniaque qu’elle n’aurait jamais supporté d’épouser un homme avec deux mains gauches, c’était bien certain !

— Tu as bien dormi ? s’enquit-il alors qu’elle attaquait sa première tartine avec appétit.

— Je crois, répliqua-t-elle en mâchant, soudain songeuse. En fait, j’étais en plein rêve quand le réveil a sonné… Un rêve bizarre…

Elle s’interrompit, fouillant sa mémoire à la recherche des bribes d’élucubrations nocturnes qui s’y accrochaient encore. Elle qui conseillait toujours à ses patients de consigner leurs rêves en détail sur un carnet afin de les analyser ensuite avec eux au cabinet, elle aurait mieux fait de suivre ses propres conseils !

Même si sa vie à San Francisco, son couple et son travail de psychologue la satisfaisaient pleinement, elle aurait été curieuse de décrypter le message caché derrière le rêve compliqué qu’elle venait de faire. Elle se souvenait vaguement qu’il était question de bataille, d’une vieille maison délabrée dans laquelle elle se perdait, avant de se retrouver nez-à-nez avec un horrible vampire qui cherchait à la mordre… Il y avait aussi un volcan en éruption et, à un moment, elle était presque sûre qu’elle avait volé. Pas toute seule, non, mais juchée sur quelque chose d’inconfortable… Peut-être un balai, comme les sorcières ?

Amusée par cette idée farfelue, elle haussa les sourcils et mordit dans le pain, se promettant dorénavant de poser carnet et stylo sur sa table de chevet avant d’aller se coucher. Les inventions extravagantes de son esprit en sommeil méritaient qu’elle les explore de plus près, ne serait-ce que pour les raconter à Lisa ensuite. Sa sœur était aussi cartésienne qu’elle, alors quand elle lui expliquerait que son inconscient la transformait en sorcière dès qu’elle sombrait dans les bras de Morphée, ça la ferait sûrement hurler de rire !

Pendant qu’elle savourait son petit déjeuner, perdue dans ses réflexions, Will allait et venait dans la chambre, rassemblant ses affaires pour sa journée de travail.

— Au fait, fit-il distraitement en enfilant sa veste, tu te souviens d’Ann ?

— Ann Parker ? Ce n’est pas la fille qui rêvait de t’épouser quand on était ensemble au lycée ?

— Elle-même ! confirma Will d’un ton léger. Figure-toi que je l’ai croisée ce matin en faisant mon jogging.

Contrairement à Emma qui aimait paresser au lit aussi tard que possible, Will était très sportif et ne dérogeait jamais à sa séance de mise en forme quotidienne, partant courir à l’aube chaque matin avant d’aller au travail.

— … Elle vient d’ouvrir une boutique sur le port. Elle fabrique des savons, d’après ce que j’ai compris.

Il jeta un coup d’œil à Emma et remarqua le petit rictus de contrariété qui plissait la commissure de ses lèvres.

— Un problème, ma chérie ?

— Non non…

Elle s’était forcée à répondre sur un ton léger, malgré la sensation de malaise un peu diffus qui venait de s’emparer d’elle. Elle n’avait pas revu Ann depuis des années, mais dans ses souvenirs, c’était une très jolie femme. Même si elle avait en Will une confiance absolue, l’idée qu’elle lui tourne autour était étrangement désagréable. Pour éviter le regard déconcerté de son fiancé, elle plongea le nez dans son café. Elle-même était déroutée par sa réaction. Elle n’était pourtant pas d’un naturel jaloux, d’ordinaire. Pourquoi la simple évocation de cette fille la mettait-elle sens dessus-dessous ? C’était complètement idiot.

— Tu as beaucoup de consultations prévues aujourd’hui ? reprit Will.

— Mon agenda est plein ! répliqua-t-elle aussitôt, ravie de changer de sujet. Mais j’essaierai de ne pas finir trop tard. On pourrait se retrouver à Fisherman’s Wharf pour aller prendre un verre avant de rentrer, qu’est-ce que tu en penses ?

— Bonne idée ! J’envoie un message à Ann pour qu’elle se joigne à nous. Elle sera ravie de te revoir, je pense que…

Un bruit de verre cassé provenant du plafond le força à s’interrompre et il rentra la tête dans les épaules en réflexe, levant ensuite les yeux d’un air interloqué.

Aussi abasourdie que lui, Emma fixait le gros lustre Art Déco que la mère de Will lui avait offert et qu’elle-même trouvait absolument affreux. Les quatre ampoules qui le constituaient venaient toutes d’exploser, constellant la descente de lit d’une pluie de verre brisé.

— Mais qu’est-ce que… ? balbutia le jeune homme ahuri. Em, tu as vu ? Les lampes ont toutes claqué en même temps !

— Peut-être une surtension sur le réseau électrique ? proposa Emma, tout aussi décontenancée que lui.

— Impossible, tu as bien vu qu’elles étaient éteintes ! contra-t-il en secouant la tête.

Elle haussa les épaules et se glissa hors du lit, récupérant le plateau du petit déjeuner pour le rapporter à la cuisine.

— Je vais chercher l’aspirateur, indiqua-t-elle à son fiancé qui continuait de fixer le lustre pulvérisé d’un air de totale incompréhension.

Le phénomène était étonnant, elle en convenait, mais il avait au moins le mérite d’avoir assez déstabilisé Will pour qu’il oublie sa stupide idée d’inviter Ann à les rejoindre pour l’apéro.

Balayant la singularité de l’incident pour n’en retenir que les conséquences positives, elle posa les restes du petit déjeuner sur le plan de travail et alla chercher de quoi nettoyer les dégâts.

Une heure plus tard, elle montait dans le bus en direction de son cabinet. Sa nature heureuse avait repris le dessus et elle avait presque oublié Ann et son mécontentement.

Comme à son habitude, elle s’était installée à l’avant du véhicule, sur le premier siège à droite du chauffeur. Bien qu’on ne soit qu’en octobre, la météo était fraîche pour la saison et elle s’était soigneusement emmitouflée dans son manteau et son écharpe. Ses écouteurs dans les oreilles, elle écoutait le concert live de Bryan à Wembley en 1996 quand une tache jaune sur le trottoir attira son attention. C’était un petit garçon noir, habillé d’un ciré de pêcheur couleur poussin bien trop grand pour lui.

Emma fronça les sourcils. Pourquoi ce gamin d’une dizaine d’années lui paraissait-il si familier ? Elle n’avait pourtant aucun garçonnet de cet âge dans son entourage, et…

Ses pensées se bloquèrent brusquement et elle poussa un cri aigu. Sans s’intéresser le moins du monde à l’état du trafic, l’enfant venait de bondir sur la chaussée. Nom de nom, ils allaient l’écraser !

— Attention ! hurla Emma à l’attention du conducteur.

Celui-ci tourna vivement la tête, aperçut le gamin et écrasa le frein. Mais c’était trop tard ! Même si le bus roulait à une vitesse tout à fait raisonnable, il lui faudrait plusieurs dizaines de mètres pour s’immobiliser complètement, et l’enfant ne se trouvait qu’à deux enjambées du parechoc avant.

En dehors d’Emma et du chauffeur, aucun des voyageurs n’avaient pris conscience du drame qui se jouait. Quant au petit garçon, il s’était figé au milieu de la chaussée et regardait avec de grands yeux terrifiés l’énorme véhicule qui fonçait sur lui.

— Addy… gémit Emma.

Pourquoi ce prénom venait-il de franchir ses lèvres ? Elle ne connaissait aucun Addy et elle ne comprit pas davantage ce qui se passa juste après : muette d’horreur, elle tendit ses mains devant elle et celles-ci se mirent aussitôt à rougeoyer comme du métal chauffé à blanc. Elle ne ressentait pourtant pas la moindre douleur, à peine quelques picotements et l’impression inédite qu’une puissance extraordinaire s’amoncelait au bout de ses doigts.

Le temps semblait avoir ralenti. Le bus poursuivait sa course vers le petit garçon. L’impact semblait inévitable. Paniquée, Emma fixait ses mains incandescentes, cherchant désespérément une explication rassurante au phénomène quand une violente secousse la fit vibrer toute entière. Elle sentit, nettement, quelque chose sortir d’elle-même, jaillir de ses doigts tendus en lui laissant une curieuse sensation de vide. C’était un peu comme quand le dentiste vous arrache une dent : ni vraiment douloureux ni pénible, juste… inédit.

Ce qui avait giclé de ses mains n’était ni visible ni palpable mais, bien qu’elle n’ait jamais expérimenté un tel phénomène, elle sut d’instinct qu’elle en avait gardé le contrôle. À la peur succéda un calme étrange, la certitude tranquille que rien de mauvais n’allait arriver. Sans baisser les mains, elle chercha le visage paniqué du petit garçon, verrouilla ses yeux dans les siens.

N’aie pas peur. Tout va bien se passer, songea-t-elle avec force. Et il lui sembla que son expression de pure terreur se relâchait légèrement, comme s’il l’avait entendue.

Puis, quelques millisecondes avant que le bus le percute, il s’envola, comme emporté dans les airs par une main gigantesque. D’un bond prodigieux, il sauta au-dessus de la chaussée embouteillée et atterrit quinze mètres plus loin, sur le trottoir d’en face.

— Vous vous sentez bien, Mademoiselle ? demanda le chauffeur du bus en se tournant à demi vers Emma alors qu’il redémarrait.

Elle le dévisagea, pantelante. De l’autre côté de la rue, la petite silhouette au ciré jaune s’éloignait en gambadant.

— Bon sang, balbutia-t-elle, mais qu’est-ce qui s’est passé ?

— De quoi est-ce que vous parlez ?

— Mais du petit garçon ! Il s’est presque jeté sous nos roues, vous alliez l’écraser quand…

L’expression bonhomme du conducteur changea du tout au tout, virant au cramoisi.

— Comment ça, j’allais écraser un petit garçon ?! Si c’est une blague, elle est vraiment de mauvais goût ! Je conduis des bus à San Francisco depuis plus de vingt ans, ma p’tite dame, et je peux vous certifier que je n’ai jamais eu le moindre accident ! Et je ne laisserai pas une mijaurée dans votre genre venir m’accuser d’écraser les gens !

Il s’interrompit pour reprendre son souffle, inspirant par le nez comme un taureau furieux. Emma était tétanisée sur son siège.

— Mais je vous assure que… risqua-t-elle d’une toute petite voix.

— Descendez de mon bus ! rugit le chauffeur en immobilisant le véhicule et en ouvrant la porte. Maintenant !

Pétrifiée de honte, Emma se tourna à demi vers le fond du véhicule, cherchant auprès des autres passagers un hypothétique soutien. Mais, sans surprise, la plupart d’entre eux continuaient à lire leur journal ou à regarder leur smartphone d’un air soigneusement indifférent. Quant à ceux qui la regardaient, leur expression ouvertement réprobatrice indiquait qu’ils n’avaient aucune intention de prendre son parti.

Un peu tremblante sur ses jambes, elle se leva, marmonna des excuses et descendit du bus, s’attirant quelques coups de klaxon furibonds. Chancelante, elle gagna le trottoir et tourna sur elle-même, désorientée, sous le choc de ce qui venait de se passer.

C’était incroyable, tout de même ! Elle n’avait pas rêvé… Pourquoi le chauffeur prétendait-il que rien d’anormal ne s’était passé ? Il avait pourtant vu comme elle le petit garçon ! Et si elle n’avait pas été là…

Elle se mordit la lèvre, saisie par un vertige brutal. Qu’avait-elle fait, exactement ? Était-ce vraiment elle qui avait soulevé l’enfant de terre à distance ? Elle se trouvait ridicule rien qu’à l’énoncer dans sa tête ! Perdue, elle tendit les mains devant elle, les retourna plusieurs fois, les observant avec attention.

Allons, ce n’était pas du tout possible… songea-t-elle en les dirigeant machinalement vers la voiture la plus proche, garée le long du trottoir. Lorsque ses doigts rougeoyèrent, elle poussa un petit glapissement affolé.

Oh non, ça n’allait pas recommencer !

Puis les quatre pneus de la voiture explosèrent en même temps.


Les lectrices en parlent

  • Saga coup de coeur

    Je suis toujours aussi attachée à chaque personnage (d’ailleurs je cherche des Djinns pour faire une coloc!) et Emma continue de susciter tant de l’affection que de l’admiration pour son courage!
    Karine L.
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Mon tome préféré

    Il se passe beaucoup de choses dans cet opus, l’intrigue est vraiment sympa et fait froid dans le dos. Je me suis vraiment prise au jeu et j’ai adoré la dernière partie très rythmée, pleine de suspense, apportant quelques éléments de réponses…
    @leslecturesdeMaryline
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Toujours aussi loufoque

    Si vous aimez le fantastique et que vous avez envie d’une lecture tout simplement déjantée, je vous recommande vivement cette saga.
    @devoreusedelivres
    ⭐⭐⭐⭐⭐

Ce roman est pour toi si tu aimes

  • Les mondes alternatifs et les retournements de situations
  • Les créatures fantastiques hors de contrôle
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