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Résumé

Une écrivaine aveugle engage une auxiliaire de vie pour écrire son dernier roman.

Une jeune fille, revenue d’entre les morts, retourne à Pompéi pour chercher les clefs de son passé.

Un savant et son neveu, un riche commerçant amoureux d’un esclave, une petite fille enjouée et son inséparable chiot mènent une existence paisible et routinière en baie de Naples, au pied d’une montagne nommée Vesuvio.

Trois époques différentes. Des destins qui s’entremêlent. Une aventure sans précédent. Parviendront-ils à empêcher une tragédie qui a déjà eu lieu ?


Extrait

Clique sur la croix à droite dans l’encadré ci-dessous, pour découvrir les premières pages du roman.

Septembre 2017

1

—   Comment vous appelez-vous ?

—   Sofia Loison.

—   Quel âge avez-vous ?

—   Quarante-neuf ans.

—   Votre adresse ?

Docile, Sofia répondait, le ton aussi neutre que possible. Elle avait du mal à se contenir, pourtant, du mal à s’empêcher de lui crier à la figure qu’il n’avait qu’à lire son CV, posé en évidence sous son nez.

Son interlocuteur avait dans les vingt-deux, vingt-trois ans, au grand maximum. Brun, des yeux sombres, les cheveux disciplinés à grand renfort de gel sans contrôler pleinement les épis qui pointaient, seule exception à l’ordre parfait de l’ensemble. Costume impeccable et peau bronzée d’un séjour qu’elle imaginait lointain, les Maldives ou la Crète, destinations de carte postale qu’elle était bien sûre de ne jamais pouvoir s’offrir. Elle se concentra sur ses mains, son vernis à ongles posé à la va-vite pour cacher qu’elle les rongeait, le sillon de l’alliance trop longtemps portée, marque indélébile dont elle ignorait si un jour elle disparaîtrait. Il reportait sur son ordinateur des données mystérieuses, mais l’orientation de l’écran empêchait Sofia de lire ce qu’il écrivait. Il était appliqué, consciencieux. Je pourrais être sa mère, songea-t-elle. Sa mère, ou sa nounou, à l’époque où c’était encore son métier. Crisper les mâchoires, bloquer l’angoisse. Ce n’était pas le moment d’y penser.

Il ne disait plus rien. Finalement, elle aimait autant quand il lui posait des questions, même idiotes. Mal à l’aise, elle porta l’index à sa bouche et attaqua l’ongle, s’interrompant au goût du vernis sur sa langue. Sur son bureau, rangé avec soin, un petit panneau en laiton indiquait son nom, monsieur L. Jullien. Sofia se demandait à quoi le « L » correspondait. Louis, peut-être, ou Laurent. À l’évidence un prénom vieillot, passé de mode, celui d’un grand-oncle ou d’un ancêtre quelconque. Cela se faisait, dans les milieux bourgeois. Si elle avait osé, elle aurait posé la question, mais son regard un peu froid, au moment où il levait enfin le nez de son écran, lui rappela que c’était elle qui était là pour répondre aux siennes.

—   Je lis ici que vous avez essentiellement une expérience professionnelle auprès de jeunes enfants, dit-il en tapotant le CV du bout de son index.

Elle acquiesça, consciente d’être sur la défensive.

—   Je suis assistante maternelle depuis plus de quinze ans.

Louis – Laurent ? – baissa la feuille et l’observa un moment, sans rien dire. Des lunettes traînaient sur le bureau mais il ne les mettait pas, même pour lire. Elle se demanda si c’était par coquetterie, alors que manifestement il en avait besoin, les yeux plissés pour parcourir les quelques lignes qui résumaient sa banale petite vie. L’idée qu’il se soucie de ce que Sofia pourrait penser de son physique l’amusait, tempérant un peu le sentiment d’humiliation dont elle ne pouvait se défaire. Dans trois mois, elle aurait cinquante ans. Cinquante ans, bon sang ! Ménopause, cheveux blancs, métamorphose annoncée d’un corps qui se déféminise, fin d’un nouveau cycle, déjà, et l’impression tenace d’avoir laissé passer son tour.

Si c’était à refaire… Elle observait avec un peu d’amertume les deux lignes qui résumaient maintenant sa formation, brevet des collèges et CAP Petite Enfance pour seuls titres de gloire. Exposer la vérité de son parcours, avouer le bac avec mention, la maîtrise de lettres modernes et la thèse sur l’œuvre de Verlaine ˗ même si elle n’avait pas eu le temps de la soutenir avant de se marier ˗ c’était s’entendre répondre à coup sûr qu’elle était trop qualifiée pour obtenir le poste. Elle connaissait la chanson. En France, pour les boulots subalternes, il fallait revendiquer une intelligence médiocre et une inculture de bon ton, préférer à Verlaine les romans à l’eau de rose, à Mozart et Beethoven les beuglantes insupportables des ados prépubères des émissions de téléréalité. Elle voulait bien admettre que, pour changer une couche remplie de merde, il n’était pas nécessaire de connaître par cœur les Fêtes galantes, mais le constat était tout de même attristant.

Enfin… Qu’importait, dans le fond ? Elle avait une fille, qu’elle n’avait pas vue depuis quinze ans. Plus de mari, quelques amitiés sans profondeur, de celles qu’on accepte par facilité géographique, parce qu’il vaut toujours mieux être en bons termes avec ses voisins. Bien sûr, tous étaient restés en Bourgogne, et d’ici deux ou trois ans, au plus tard, ils auraient oublié jusqu’à son existence. Ici ou ailleurs, de toute façon… Décidément, son tour était passé. Elle se sentait vieille, finie, flétrie, elle ne savait même pas ce qu’elle faisait ici. Elle serra les poings, s’obligea à penser à Verlaine, aux désillusions cruelles et aux souffrances dont il avait tiré ses vers les plus sublimes. Mais bon, Verlaine était un génie, et elle, elle n’était que Sofia Loison, candidate sans conviction à un poste d’aide-ménagère au fin fond de la Touraine. Clairement, leurs deux parcours n’avaient rien à voir, le seul point en sa faveur étant que, contrairement à Verlaine, pour le moment elle était encore en vie.

Éphémère avantage.

—   Nous avons une crèche, sur la commune, et une halte-garderie. Pourquoi ne pas avoir postulé chez eux ? demanda Laurent-Louis.

—   J’en avais assez des gosses. Les cris et les caprices, les repas donnés à la cuillère où ils en foutent partout, les couches pleines, le vomi.

—   Excusez-moi de vous le dire, mais les vieux, c’est souvent la même chose.

—   Alors, on peut considérer que j’ai déjà une solide expérience. Cela doit jouer en ma faveur, non ?

Il consentit un demi-sourire.

—   Il y aurait bien quelque chose. Une situation un peu particulière. C’est un couple, les Montès. Ils habitent à l’écart, une maison troglodyte dans un hameau presque en ruines, pas très loin d’Azay.

—   Montès, c’est un nom à consonance espagnole, non ?

—   Monsieur est né à Séville. Vous parlez la langue ?

—   Quelques mots. Ma grand-mère était madrilène. Elle s’appelait Sofia, comme moi, précisa-t-elle avant de s’interrompre, déconcertée.

Quelle idée de livrer ce genre de détails à un parfait étranger ? Mécontente d’elle-même, elle s’enfonça dans son siège, son sac à main étroitement serré contre son ventre.

—   Mais je ne saurais pas tenir une conversation, acheva-t-elle, presque menaçante.

Louis-Laurent acquiesça, sans émotion.

—   Il est probable que vous n’aurez pas à le faire. M. Montès souffre d’une démence assez avancée. D’après les auxiliaires de vie qui vous ont précédée, la plupart du temps son discours est totalement incohérent.

Sofia hocha la tête à son tour, se demandant si ces précisions impliquaient qu’elle allait décrocher le poste. Ce n’était pas que tenir compagnie à un couple d’ancêtres désorientés la réjouisse particulièrement, mais elle avait besoin de travail. S’interdisant de crier victoire trop vite, elle demanda :

—   Et sa femme ? Elle perd la tête, elle aussi ?

—   On ne peut pas dire cela.

Elle attendait qu’il en révèle davantage, mais il referma brusquement le dossier, se pencha en avant comme pour lui parler sur le ton de la confidence :

—   En l’espace d’une année, nous leur avons attribué six auxiliaires de vie. Celle qui a tenu le plus longtemps est restée trois semaines.

—   Trois semaines ? Ils sont si désagréables que ça ?

—   Ce ne sont pas nos salariées qui sont parties. Ce sont les Montès qui les ont remerciées.

Sofia lui coula un regard interrogateur, pensant à nouveau qu’il allait développer, mais il se contenta de reprendre, après quelques secondes :

—   Marie Montès. Le nom ne vous dit rien ?

—   Je ne crois pas.

—   Et si je vous parle de « L’Esclave et l’empereur fou » ?

Cette fois, Sofia réagit, la surprise chassant toute retenue. Si elle connaissait « L’Esclave et l’empereur fou », cette saga contant l’histoire d’une esclave romaine sous le règne despotique de l’infâme empereur Néron ? Évidemment ! Elle avait dévoré avec passion cette incroyable fresque littéraire et s’était même inspirée du prénom de l’héroïne, Fausta, pour baptiser sa propre fille Faustine.

—   Qui ne connaît pas ce chef-d’œuvre ? s’exclama-t-elle avant d’ajouter, perplexe : Mais je ne vois pas le rapport avec la vieille dame dont vous me parlez.

—   Le drame des écrivains, dont trop souvent on ne retient que l’œuvre, et pas le nom. M. J. Montès, articula-t-il, détachant exagérément chaque syllabe. Marie Montès est l’auteure de cette série-culte, Madame Loison. Elle sera sans doute heureuse d’apprendre que vous appréciez sa plume. Espérons que cela l’incite à vous garder.

Eberluée, Sofia porta la main à sa bouche comme si elle voulait étouffer un cri. Louis-Laurent la contemplait, franchement amusé.

—   Nous pouvons considérer que vous acceptez ce poste, je suppose ?

Elle approuva de la tête, encore mal remise de son étonnement.

—   J’ai toujours cru que M. J. Montès était un homme, souffla-t-elle.

—   Comme la plupart des gens. Marie Montès a toujours tenu à préserver leur tranquillité, à son mari et à elle. C’est sans doute pour cela qu’elle n’a jamais voulu apparaître en public ni répondre aux sollicitations des journalistes. Et la raison pour laquelle elle a choisi de s’établir dans ce « troglo » loin de tout.

—   Ils vivent vraiment dans une de ces cavernes préhistoriques creusées dans la roche ? Je ne pensais pas que ça existait encore. Je croyais que ce n’étaient que des attractions pour touristes !

—   Détrompez-vous, c’est une pratique courante chez nombre de Tourangeaux… Bien sûr, il s’agit plus souvent d’une cave ou d’un appentis, creusés dans la falaise en tuffeau au fond du jardin, mais il n’est pas rare que le logis tout entier soit enchâssé dans la roche, avec un niveau de confort tout à fait conventionnel. De toute façon, vous jugerez par vous-même, les Montès fournissent le logement.

—   Hébergée chez eux ? Je ne suis pas sûre…

—   Ne vous inquiétez pas. Vous ne serez pas importunée par la promiscuité, vous aurez une maison rien que pour vous. « L’Esclave et l’empereur fou » a caracolé en tête des ventes de romans durant plusieurs mois à l’époque de sa parution, ne l’oubliez pas. Mme Montès et son mari possèdent les onze habitations du hameau. Elles sont pour la plupart dans un état de délabrement avancé, inutile de rêver. Mais pour ce qui est du calme, vous serez servie.

Elle opina vaguement, encore troublée. Elle allait rencontrer M. J. Montès. La perspective était aussi improbable qu’excitante, et Sofia avait tout oublié de sa première réticence à accepter un tel travail.

Louis – Laurent ? – la regardait avec bienveillance et, un peu euphorique, elle se fit la réflexion qu’il était beau garçon. Pas son type, vraiment, elle préférait les blonds plutôt sportifs, pas les premiers de la classe, sans parler du fait qu’il aurait pu être son fils. Mais enfin, il était agréable à regarder.

Elle lui rendit son sourire, tandis qu’il poursuivait :

—   Mme Montès n’est pas du genre à solliciter de l’aide à tout bout de champ. Si ce n’était son handicap, elle serait parfaitement autonome.

—   Son handicap ? Quel handicap ?

—   Je ne vous l’ai pas dit ? Elle souffre d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge. Une atrophie irréversible de la rétine. Pour ainsi dire, elle est aveugle.


Les lectrices en parlent

  • J’ai adoré !

    Déjà bluffée avec le précédent roman de Catherine, cette fois, je le suis encore plus avec 3 époques qui se superposent, s’entremêlent et se différencient pour finir par s’unir…. J’ai adoré ce roman, je n’ai pas réussir à le lâcher jusqu’à comprendre toute cette histoire de fou! 
    @leslecturesdeMaryline
    ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
  • Je suis fan

    Est-ce que quelqu’un pourrait accélérer le temps pour faire en sorte qu’on soit le soir ? Tellement impatiente de continuer la lecture de ce roman !
    Anne B.
    ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
  • Un vrai page turner !

    J’ai adoré ce roman, lu en deux jours, lové dans mon hamac. Bravo à l’autrice !
    Olivier M.
    ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Ce roman est pour toi si tu aimes

  • Le mélange entre fiction et réalité historique
  • Les voyages dans le temps
  • Les romans d’aventure sans temps morts
  • Plusieurs lignes temporelles entremêlées
  • Les volcans, bien sûr !

Le roman existe aux formats broché et ebook.

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