Ce roman, initialement publié aux éditions suisses « Mon Village » n’est plus disponible à la distribution.

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Résumé

Lénaïc Sostein était promis à un brillant avenir.
Doté d’une intelligence aiguisée, possédant pour la peinture et le dessin un talent hors norme, tout lui réussissait jusqu’à ce qu’un incendie vienne bouleverser son existence. Depuis, il vit replié sur lui-même dans son village du Vercors et Ethan, son frère jumeau, est le seul être au monde capable de le rassurer et le comprendre.
Lénaïc ne peut imaginer son existence sans lui, mais un jour, Ethan décide de partir. Pour ne pas sombrer, il ne reste à Lénaïc que Flore, leur amie de toujours, Olivier, prêtre bienveillant autant que maladroit, et puis Madeleine, cette mystérieuse jeune femme qui semble en savoir sur les Sostein bien plus long qu’elle ne le prétend. Mais qui est-elle vraiment ? Que s’est-il passé, en réalité, le soir de l’incendie ? Et surtout, où est Ethan ?


Extrait

1

Jusqu’à mes dix-neuf ans, j’ai dormi comme une brute.

Ni cauchemar, ni rêve, la tête à peine sur l’oreiller, je sombrais, et le matin me trouvait dans l’exacte position où je m’étais couché, sans le moindre souvenir des mondes imaginaires où mon esprit s’était aventuré. De mon point de vue, mon esprit n’avait pas foutu le camp où que ce soit. Mais ta psy, ça ne lui a pas plu.

Je dis « ta psy ». Je préfère. J’ai encore un peu de mal à me faire à l’idée, à me dire que j’ai besoin d’une inconnue pour m’expliquer le sens de ma propre vie, parce que je ne suis pas foutu d’y arriver moi-même. Initialement, la thérapie était prévue pour toi. C’était toi qui avais morflé, toi qui avais encaissé le gros du traumatisme, toi, enfin, qui ne pensais plus droit. Ils ont dit que ça aiderait. A surmonter, à te reconstruire, à aller de l’avant… Bref, tu vois l’idée, toujours les mêmes conneries, verbiage de psy à la con.

Divan. Plante verte, de celles à grandes feuilles sombres, qu’on n’a pas besoin d’arroser trop. Thérapeute austère, lunettes et barbiche freudiennes, diplômes ronflants sur le mur du fond. Et vas-y que je te fais parler de ton enfance, et de ton rapport au père, et de tes préférences en matière de sexualité.

Putain. Il y a encore trois ans de ça, si tu m’avais dit qu’un jour je me taperais la route jusqu’à Grenoble deux fois par mois pour aller raconter ma vie à cette fille, je ne t’aurais pas cru.

Bon, au moins, elle n’a ni lunettes, ni barbe, et elle ne m’a pas obligé à m’allonger sur le divan. Pendant les séances, on se fait face, elle dans son fauteuil de psy et moi sur la chaise réservée aux fous.

Elle déteste que je dise ça. Elle prétend que la folie, ça n’existe pas, qu’il n’y a pas de norme qui tienne, ou alors personne n’est normal et la Terre n’est peuplée que de fous.

Des fois, je finis par me demander si elle connaît vraiment son boulot.

Au moins, elle est gentille. Jolie, assez, quoi que je pense qu’elle te plairait mieux qu’à moi. Tant pis pour toi, tu n’avais qu’à saisir ta chance quand on te l’a proposé. Maintenant, c’est moi qui suis là, et si tu veux savoir, elle ne s’est même pas sentie obligée de me poser des questions sur ma sexualité.

La qualité de mon sommeil la passionne beaucoup plus. Admettons. Depuis que c’est arrivé, je cauchemarde presque toutes les nuits. Elle dit que c’est normal, et même que c’est une bonne chose, parce que j’extériorise l’angoisse et la colère.

« Je ne me sens pas angoissé. Ni en colère.

— Bien sûr que si, Ethan.

— Vous n’en savez rien, merde !

— Vous voyez bien que vous êtes en colère. Racontez-moi ce rêve.

— Je vous l’ai déjà raconté des dizaines de fois. C’est toujours le même.

— Cela vous ennuie de recommencer ?

— Dans le fond, si vous y tenez… C’est toujours mieux que de parler de mes fantasmes refoulés. »

Le relais des Combelles était quasiment vide, ce soir-là, et ils n’avaient ouvert qu’une partie de la salle. Deux tables, en dehors de la nôtre, un couple de septuagénaires qui n’avaient rien à se dire, et que la lenteur du service semblait exaspérer, et une joyeuse famille avec trois enfants bruyants.

Les Combelles, c’est sûr que ça n’a rien du restaurant de rêve, du Gastro grand luxe où on rêverait d’emmener sa fiancée, mais on habite dans un coin tellement paumé qu’à moins de se farcir une demi-heure de bagnole pour aller dîner vers Grenoble, on n’a pas tout à fait l’embarras du choix.

Clara, ça ne la gênait pas. Elle avait mis sa plus jolie robe bleue, et aussi le pendentif en forme de cœur que je lui avais offert, en précisant par honnêteté – tu te rappelles ? – que c’était du zirconium et pas du vrai diamant. J’étais con, quand j’y pense, mais elle avait répondu qu’il brillait autant qu’un vrai, et que c’était le plus beau cadeau qu’on lui avait jamais fait.

J’étais con, Clara était amoureuse, elle dans sa belle robe et moi dans mon costume mal coupé qui serrait aux emmanchures, nous caressant les mains par-dessus la nappe blanche de la table des Combelles.

Le rêve démarre là, chaque fois.

Il y a une bougie sur la table, dans un photophore dont le bord est ébréché, un petit bouquet de fleurs qui sent trop fort et se mêle aux odeurs des plats. Elle commande pour nous deux sans me demander mon avis, le menu du mardi, salade du chef, saumon à l’oseille, tarte aux pommes, du fromage, peut-être, on verra.

« Chéri, ça te va ? »

Je réponds que c’est parfait, même si je ne ferais pas des folies pour du saumon. Etre amoureux, ça rend décidément un peu con, et je ne déteste pas quand elle m’appelle « chéri ».

« Cela n’a rien de con, d’être amoureux. » remarque ta psy.

Je ne relève pas.

Le rêve est fidèle, précis. Il me rappelle l’ambiance autant que le détail des assiettes. La salade, ce foutu saumon et la tache que j’ai faite sur la nappe en faisant tomber ma fourchette dans la sauce à l’oseille. Heureusement, dit Clara, que je suis plus doué pour embrasser que pour manger proprement. Ensuite, elle s’empourpre, comme une adolescente à son premier rendez-vous.

Et alors, l’émotion. Dévastatrice, foudroyante, l’envie de tout envoyer paître, d’abandonner le saumon, le dessert et le fromage au cas où, de l’enlever sur le champ et de m’enfuir avec elle, loin du Vercors, loin de Saint Julien… et peut-être aussi loin de toi.

Mais je n’ai rien fait. Je suis resté assis, j’ai souri comme un abruti et j’ai continué à me débattre avec mes arêtes. Cette histoire de papillon qui bat des ailes et fait s’effondrer tous les immeubles de Tokyo, sincèrement, je n’y ai jamais trop cru. Enlever Clara n’aurait pas empêché les Jonquières de brûler, et d’ailleurs le rêve ne s’arrête pas là, alors s’il te plaît, cesse de me bassiner avec ça.

Le saumon, la tache, Clara qui rougit et moi qui m’enflamme à vide, voilà la séquence exacte des événements, avant que le temps se torde et accélère brusquement. C’est ainsi, dans les rêves, les lois terrestres ne tiennent pas, et ne te donnent à voir que ce qui compte vraiment.

Nous, après. Repas expédié, nuit fraîche, peu d’étoiles au ciel, et ce silence extrême propre aux terres désertées.

Nous allons sur la route, main dans la main, avec une nonchalance de vieux amants. J’ai trop bu, Clara aussi, et nous divaguons au milieu de la chaussée. Je me penche vers son cou, je l’embrasse, une main au creux de ses reins, l’autre en route vers les seins.

Et puis l’aube, au-dessus du clocher.

Le rêve rapporte, implacable, les quelques secondes qui m’ont été nécessaires pour analyser ce que je voyais, et intégrer le fait que le soleil se levait bien trop tôt, et pas au bon endroit.

Ce n’est pas l’aube, ni l’éclat du jour qui rosit le ciel au-delà du clocher.

Ce sont les Jonquières. Les Jonquières brûlent.

J’ai couru.

Je cours.

Clara sur mes talons, je traverse Saint Julien, je dépasse l’église, la mairie, je prends la direction du Belvédère où les premiers Sostein, six générations plus tôt, sont venus de Forêt Noire implanter en Vercors les racines de leur descendance. Les pompiers nous doublent en trombe juste avant le dernier virage, l’écho de leur sirène répercuté par les falaises.

Tous, nous arriverons trop tard.


Les lectrices en parlent

  • Génial

    Quel plaisir de lecture que ce roman où les personnages s’adressent à nous avec une authenticité rare. Empathie est le terme qui résume le mieux l’écriture de Catherine Rolland.
    Laura
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • La fin m’a scotchée

    Vous savez, ces histoires où, rendue à la fin, vous avez tout à coup l’impression de vous être fait balader depuis le début…
    C’est exactement ce qui m’est arrivée. Je n’ai rien vu venir. Bluffée !
    Chiara D.
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Gémellité

    Ayant moi-même un frère jumeau, j’ai choisi de lire ce roman… Je ne regrette pas mon choix ! Très bon moment de lecture.
    Camille
    ⭐⭐⭐⭐⭐

Ce roman est pour toi si tu aimes

  • Les histoires vraies, ou celles qui pourraient l’être
  • Les romans psychologiques
  • Les personnages ambigus
  • Te faire manipuler de A à Z

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