Le roman existe aux formats broché, ebook (Kindle et abonnement KU) et en audiobook.

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Résumé


Extrait

Chapitre 1

Il était sept heures ce matin-là quand une agréable odeur de café vint chatouiller les narines d’Emma Paddington. Encore ensommeillée, elle esquissa un demi-sourire sans ouvrir les yeux, et se tourna sur le côté pour s’enfouir un peu plus profondément dans l’épaisseur de la couette. Elle n’avait pas entendu Will se lever, mais les bruits de vaisselle comme le délicieux parfum de pain grillé qui envahissaient l’appartement ne trompaient pas : elle allait avoir droit à son petit déjeuner au lit, comme tous les matins.

Dire que la plupart de ses copines devaient faire des pieds et des mains pour que leur homme consente à passer l’aspirateur une fois de temps en temps ! Elle avait vraiment trouvé l’homme idéal ! Lorsqu’il entra dans la chambre quelques instants plus tard, portant un plateau bien garni, elle s’étira gracieusement et s’assit dans le lit, lui adressant un sourire énamouré.

— Comment va ma future épouse ? demanda Will en installant le plateau en équilibre sur ses genoux.

— Tellement comblée auprès de son futur mari qu’elle pourrait bien se faire porter pâle ! rétorqua-t-elle gaiement.

Il leva un sourcil amusé, et darda sur elle son beau regard sombre.

— Je ne pense pas que ta patronne apprécierait.

Se jetant avec appétit sur un scone beurré, Emma grimaça pour la forme. Il avait raison, bien sûr, même s’il savait bien qu’elle n’avait pas sérieusement envisagé de ne pas aller travailler. Elle avait rejoint la petite boutique d’Ann, sa meilleure amie, au tout début de l’automne. S’occuper d’une savonnerie artisanale était une activité sans grand rapport avec son diplôme de psychologue flambant neuf, mais une ligne de plus à son CV ne pourrait qu’aider à décrocher un poste plus adapté à ses compétences dès qu’Ann n’aurait plus besoin d’elle.

Emma venait de finir ses études, elle filait le parfait amour avec Will et le mariage était prévu pour l’été suivant. En guise de lune de miel, ils avaient décidé de prendre une année sabbatique pour faire le tour du monde. Au retour, il serait toujours temps de s’installer comme psychologue à son compte. Mais, pour l’heure, elle se félicitait de travailler aux côtés de sa copine chérie, au milieu de tous ces petits savons colorés qui sentaient si bon !

— Au fait, reprit Will, le facteur est passé. Tu as encore reçu une lettre de Bridgeport.

— Oh, c’est sûrement un autre courrier de cet agent immobilier, Jamie Quelque chose, répliqua Emma en haussant les épaules. Il n’a toujours pas renoncé à me convaincre de mettre la propriété de Tante Bree en vente.

— Tu devrais peut-être l’écouter, chérie. D’après les photos, cette baraque est une vraie ruine, je ne vois pas l’intérêt de la garder. Et tu ne peux pas prétendre que tu y es attachée sentimentalement alors que tu n’y es jamais allée, insista Will, l’air concerné.

Emma ne put qu’acquiescer. En apprenant, quatre mois plus tôt, qu’elle héritait de cette tante qu’elle ne connaissait même pas, elle avait été extrêmement surprise. Elle avait aussitôt téléphoné à Lisa, sa sœur aînée, pour lui demander si elle s’en souvenait. D’après celle-ci, Tante Bree était venue les voir une ou deux fois, alors qu’Emma était encore bébé. Elle avait décrit une vieille dame très antipathique, qui se plaignait sans cesse et qui sentait mauvais. Emma soupçonnait surtout sa sœur d’être blessée que leur tante ne l’ait pas mentionnée dans son testament.

— Tu sais bien qu’entre la savonnerie, les préparatifs du mariage et notre voyage à organiser, je n’ai pas une minute à moi… Je n’ai pas envie de m’embarrasser en plus de la question de cette bicoque au milieu de nulle part. Grâce à l’agence qui a accepté de superviser son entretien, je n’ai rien à faire à part remplir un chèque de temps en temps et le leur envoyer. Pour l’instant, ça me va très bien, conclut-elle avec fermeté en étendant le bras pour poser la lettre, sans l’ouvrir, sur sa table de chevet.

Will acquiesça calmement en sirotant son thé. Il n’était pas utile de lui proposer de partager le petit déjeuner. Soucieux de son apparence et de sa ligne, il ne mangeait ni graisses ni sucre, contrairement à Emma qui était terriblement gourmande. Elle ne pouvait pas résister à l’attrait d’une viennoiserie ou d’un bon cupcake. Elle aurait pourtant aimé perdre quelques kilos, mais il lui assurait qu’elle était parfaite.

L’homme idéal, il n’y avait pas à tortiller.

— Tu penses rentrer déjeuner ? enchaîna-t-il, changeant de sujet. Je pourrais nous faire des enchiladas et on profiterait des derniers beaux jours d’automne pour manger sur le toit, qu’est-ce que tu en dis ?

Leur appartement – qui était en réalité celui de Will – se trouvait dans le quartier de Telegraph Hill. Situé au dernier étage d’un immeuble entouré de verdure, il bénéficiait d’une terrasse et jouissait d’une sublime vue sur la baie de San Francisco. Quant aux fabuleuses recettes mexicaines de son fiancé, rien que d’y penser, Emma en avait l’eau à la bouche. Elle poussa un petit gémissement de dépit.

— J’aurais adoré, mais Ann a rendez-vous chez le médecin ce matin. C’est toujours en fin de semaine que nous faisons nos plus gros chiffres, surtout quand il fait beau ! On ne peut pas se permettre de fermer à midi.

Attendri par sa mine déçue, il se pencha pour l’embrasser.

— Ce n’est pas grave, chérie. Je peux aussi bien les faire ce soir… Et comme tu n’auras pas à retourner bosser ensuite, rien ne nous empêchera de nous enivrer avec ce délicieux petit vin de la Napa Valley

— … au point de perdre toute décence ? questionna-t-elle, tandis que ses yeux se mettaient à briller et qu’elle posait une main suggestive sur sa cuisse.

Il éclata de rire, enserrant néanmoins son poignet pour l’empêcher de glisser plus haut.

— À ce point-là, oui. Mais il faudra patienter jusqu’à ce soir, petite dévergondée, ou tu vas vraiment être en retard.

Il l’embrassa de nouveau dans le cou et elle gloussa de plaisir. Pourvu que la journée passe vite ! Tandis qu’il disparaissait en direction de la cuisine, elle avala la fin de son café puis se leva pour gagner la salle de bains. Elle se déshabilla, observant sans complaisance le miroir au-dessus du lavabo. Elle n’était pas complètement convaincue d’aimer l’image qu’il lui renvoyait, malgré les assertions répétées de Will. Ses yeux bleus étaient jolis, c’était vrai, et ses sourcils clairs, légèrement arqués, soulignaient avec douceur l’ovale de son visage ; elle avait le sourire facile et son expression était avenante, un atout indiscutable pour la vente autant que pour son futur métier de psychologue ; elle était cependant moins convaincue par ses cheveux d’un châtain un peu terne – elle ne les avait jamais teints – coupés au carré à hauteur d’épaules. Une coiffure passe-partout, banale comme ses tenues qu’elle choisissait discrètes et susceptibles de dissimuler ses rondeurs.

Elle haussa les épaules et détourna les yeux. Peut-être qu’elle prendrait rendez-vous chez le coiffeur la semaine prochaine et qu’elle oserait une coupe plus courte et plus sophistiquée. La perspective de ce changement suffit à la satisfaire, et elle prit sa douche en chantonnant.

Quand elle arriva à la boutique trois quarts d’heure plus tard, sa bonne humeur n’était pas retombée. Ann était en train de déballer un énorme carton. Elle alignait les huiles essentielles, les sacs de soude en paillettes et les colorants naturels sur le carrelage avec une excitation de petite fille. Alors que beaucoup de savonneries concurrentes n’avaient d’artisanales que le nom, Ann tenait à fabriquer tous ses produits elle-même, dans le laboratoire qu’elle s’était aménagé à l’arrière du magasin. Leurs locaux étaient idéalement situés en plein centre de Fisherman’s Wharf, un quartier très touristique au nord de San Francisco. Après quelques semaines d’ouverture seulement, elles commençaient déjà à se constituer une petite clientèle fidèle. Grâce au bouche-à-oreille et à la magie des réseaux sociaux, leurs résultats étaient meilleurs que tout ce qu’elles avaient anticipé.

— Salut toi ! claironna Ann pour l’accueillir quand le carillon de la porte retentit.

Comme à son habitude, son amie était habillée avec une jupe particulièrement courte et un impressionnant décolleté, le tout d’un vert émeraude flamboyant, sa couleur fétiche. N’importe quelle autre femme aurait eu l’air d’une girafe égarée loin du zoo, ainsi perchée sur des talons de quinze centimètres. Mais comme d’habitude, elle était sublime, et elle semblait elle aussi d’excellente humeur.

— J’ai enfin reçu mes huiles essentielles, jubila-t-elle en brandissant un petit flacon sous le nez d’Emma.

Le parfum de lavande très concentré lui fit instinctivement froncer le nez, et elle recula en direction de l’arrière-boutique pour aller y déposer son manteau.

— Tu devrais filer, si tu ne veux pas être en retard à ton rendez-vous.

Ann jeta un coup d’œil à sa montre puis esquissa une moue dépitée, désignant le contenu de la livraison éparpillé sur le sol de la boutique.

— Je ne vais pas laisser tout ce bazar…

— Ne t’en fais pas, je vais m’en occuper. Il n’y a jamais beaucoup de clients à cette heure-ci, je vais m’en sortir.

Emma hésita une seconde avant d’ajouter :

— Tu ne m’as pas dit pourquoi tu allais chez le médecin. Tu n’as rien de grave, dis ?

 Ann parut déconcertée pendant une seconde, puis son visage se fendit d’un sourire désolé.

— Oh, ma chérie, quelle idiote je fais ! Je n’avais pas réalisé que tu pourrais t’inquiéter. Non, non, il s’agit juste d’un contrôle tout ce qu’il y a de plus banal, ne t’en fais pas !

Emma ne put retenir un soupir de soulagement.

— Bon, je suis rassurée. Allez, sauve-toi vite !

— J’y vais. À plus tard, Em, et merci. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi ! fit Ann en lui soufflant un baiser avant de sortir.

Emma la regarda disparaître, puis s’accroupit pour rassembler les produits de saponification éparpillés et les remettre dans le carton.

Par Charybde, tu n’en as pas assez de lui servir de bonniche ?

Emma sauta en l’air, les yeux écarquillés. La voix était masculine, un peu nasillarde. Elle ne la reconnaissait pas. Crispée, elle pivota sur ses talons pour balayer la boutique du regard mais ne vit personne.

Quand vous étiez petites, c’était toujours toi qui devais ranger quand vous aviez fini de jouer. Jamais Princesse Ann, jamais.

Le ventre noué, Emma se redressa lentement pour faire face à la porte du laboratoire. Elle ne savait pas ce qui était le plus perturbant : la présence d’un inconnu dans leur arrière-boutique, ou ce qu’il avait dit.

Princesse Ann. C’était bien le surnom amer qu’elle avait donné en secret à sa meilleure amie. Elles avaient toujours vécu dans le même quartier et allaient fréquemment jouer l’une chez l’autre. Ann était une merveilleuse compagne quand il s’agissait de s’amuser, inventive, enthousiaste et drôle. Mais pour ce qui était des taches désagréables, comme ranger ou mettre la table, elle s’arrangeait toujours pour s’éclipser et laisser Emma s’en débrouiller toute seule. C’était un souvenir aussi lointain que déplaisant.

Et surtout, Emma était bien certaine de n’en avoir jamais parlé à personne.

— Il y a quelqu’un ? questionna-t-elle, la voix un peu étranglée.

L’intrus s’était tu. Allait-il surgir brusquement, lui sauter dessus avec un couteau ? Angoissée, Emma chercha des yeux quelque chose pour se défendre, ne trouva rien en dehors d’un flacon de colorant en poudre, ouvert sur le comptoir. Elle s’en saisit faute de mieux, le leva au-dessus de sa tête, prête à frapper. Les jambes tremblantes, elle se força à avancer en direction de l’arrière-boutique.


Les lectrices en parlent

  • Une très belle découverte

    Dès le début, j’ai été embarquée et très séduite par l’histoire loufoque, énigmatique, fantastique et mystérieuse ! (…) Une très belle découverte pour moi et j’ai hâte de lire la suite !
    Manon
    ⭐⭐⭐⭐⭐
    @tes_livres_et_moi
  • Une pépite !

    De l’action,  une multitude de personnages farfelus, une imagination débordante de l’auteure !
    Karine
    ⭐⭐⭐⭐⭐
    @leslecturesde_bloomette
  • Une lecture-doudou

    Le style à la fois mignon, drôle et farfelu m’a rappelé Roxane Dambre que j’adore particulièrement. C’est une de ces lectures doudous, tout en douceur et en légèreté.
    Lolita
    ⭐⭐⭐⭐⭐

Ce roman est pour toi si tu aimes

  • les personnages attachants (et parfois insupportables !)
  • la magie et le surnaturel
  • les lectures au rythme trépidant
  • les créatures farfelues et originales
  • un humour efficace et décalé

Le roman est aussi disponible dans toutes les librairies, en rayon ou sur commande.

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3 Commentaires

  1. J’ai adoré ton live Emma Paddington, le lire pendant la période Halloween avec le brouillard à l’extérieur qui annonce le mois de novembre est une période idéal…note qu’au soleil aussi! Sacrée Emma, qu’elle jeune femme intrépide, entrer dans ce manoir brrr…. Quelle imagination! adultes et jeunesses vont aimer ce livre qui se lit d’un bout à l’autre sans s’arrêter!…me réjouis de la suite…

    1. Merci beaucoup pour ce gentil retour, ma chère Suzanne !
      Je me réjouis de fêter la naissance de ce roman en décembre avec toute l’équipe de l’espace Gaimont !

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