Vice-Lauréat 2019 Prix Rosine Perrier

Vice-Lauréat 2019 Prix Lettres frontière

Avertissement

Ce roman est paru initialement aux éditions Les Escales en 2018.

Le texte original a été réédité en 2023, et est paru avec une nouvelle couverture, en édition indépendante.

Le roman existe au format broché et ebook (Kindle et abonnement Kindle Unlimited). Il est disponible en librairie, en rayon ou sur commande.

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Résumé

Depuis quelque temps, plus rien ne va dans la vie de Benjamin Teillac. Quitté par sa femme, rejeté par son fils, il risque maintenant de perdre son travail d’ambulancier. En cause : ses crises d’épilepsie, qui ont recommencé brutalement et que les traitements conventionnels ne suffisent plus à contrôler.

Lorsque sa neurologue lui propose de tester un nouveau médicament révolutionnaire, il décide d’accepter, malgré la réticence de David, son meilleur ami. C’est alors que d’étranges visions commencent à l’assaillir, des rêves récurrents au réalisme troublant. Sur un chemin enneigé, le voilà qui fait le guet en compagnie de soldats qu’il ne connaît pas et à qui, pourtant, il s’adresse comme à des familiers…

Par quel phénomène singulier s’est-il soudain retrouvé en 1944, au beau milieu du maquis ? Là, alors que le danger rôde, une autre existence s’ouvre à lui, un autre possible. Se pose alors la seule véritable question : qui Benjamin veut-il être ?


Extrait

Prologue

Le petit village de montagne était écrasé de soleil.

Les rues tortueuses, étroites, rappelaient le temps pas si lointain où aucune voie n’était goudronnée, et où seules les charrettes à bras montaient jusque-là. Les maisons en torchis, plus rarement en pierres, étaient groupées en cercle autour de l’église et de son clocher à bulbe, typique des paysages de Haute-Savoie.

À cette heure du milieu de l’après-midi, il n’y avait pas un bruit, tous les habitants terrés chez eux pour laisser passer le gros de la chaleur. En fin de journée, ils ouvriraient leurs portes, ils sortiraient à pas lents, de ce pas qu’ont les vieux dont la vie est derrière, et qui semblent ne se déplacer qu’à contrecœur, avec la conscience aiguë que rien ne les attend plus. Certains installeraient un fauteuil sur leur seuil, les femmes sortiraient leur ouvrage, les hommes le journal, le tabac et un verre. Ils deviseraient, d’un bout de la rue à l’autre, du temps qu’il fait et de celui qui passe, inéluctablement.

Chaque jour, si semblable au précédent. David en avait des frissons.

Il s’était garé sur la place minuscule, ombragée par un marronnier, unique et gigantesque. Les arbres, David n’y connaissait rien. Il faudrait qu’il demande à Thibault si cette espèce-là poussait vite ou bien pas, s’il était possible que cet arbre, sentinelle solitaire, ait été là du temps de la guerre, qu’il ait vu passer les soldats de l’un et l’autre camp.

Maintenant, il ne pouvait plus regarder un arbre sans se poser la question.

Est-ce qu’il était déjà là ? À combien d’êtres humains, morts depuis longtemps, avait-il fait de l’ombre, combien d’amants sur son tronc avaient-ils gravé leurs noms, sur lesquels l’écorce s’était peu à peu refermée pour en conserver le secret à tout jamais ?

David gardait les mains crispées sur le volant, les articulations blanchies par la tension. Il finit par s’en apercevoir, coupa le contact, ouvrit la portière.

Descendit.

La chaleur l’engloutit immédiatement, contrastant avec l’habitacle climatisé de la berline. Lentement, il retira son blouson léger, le jeta négligemment sur le siège avant, puis s’éloigna de quelques pas, sans fermer à clé.

Il n’avait aucune crainte à avoir. Ni des voleurs, ni d’autre chose. Il fallait qu’il se calme.

Avec un soupir, il fouilla la poche de sa chemise, sortit ses cigarettes. Il en alluma une, à l’abri du vent chaud qui se levait timidement. L’orage allait venir. Une telle fournaise, aussi humide et lourde, elle finirait forcément par craquer.

Les mouvements toujours mesurés, David pivota sur lui-même, examinant les lieux. La petite place lui semblait déjà familière alors qu’il n’y était venu qu’une fois, un an plus tôt, et n’était même pas descendu de voiture. Deux heures et demie de route, pour se garer quelque vingt mètres plus bas que l’endroit où il se tenait maintenant, et moteur tournant, ouvrir la vitre pour lire les noms sur le monument aux morts.

Ce jour-là, les rideaux avaient bougé derrière la fenêtre d’une maison jaune, juste en face. D’instinct, il regarda et aperçut, encore, la même silhouette immobile. Comme la première fois, il leva la main, l’agita légèrement, en guise de salut.

Parmi les noms des hommes que Saint-Calixte avait donnés pour libérer la France, une dizaine en tout, moyenne d’âge vingt ans, David n’avait pas lu celui qu’il redoutait.

Il n’y était pas, et bien que David sache que ça ne voulait absolument rien dire, tout seul derrière son volant, épié par le guetteur invisible derrière la fenêtre de la maison jaune, il avait versé quelques larmes de soulagement.

C’était absurde, incohérent. Ridicule, comme sa présence aujourd’hui. Il s’en voulait d’être là, il s’en voulait d’espérer il ne savait même plus quoi.

Les fantômes n’existaient pas plus que Dieu.

La sonnerie de son portable le fit sursauter, déchirant le silence. Il décrocha, les yeux rivés sur le bulbe vert du clocher.

— Oui, Thib ?

— Tu es arrivé ?

— Il y a dix minutes.

— Où es-tu ?

— Sur la place du village. Je fume, et je réfléchis.

— À haute dose, les deux activités ne peuvent que nuire.

— C’est indiscutable.

— Tu es allé à l’église ?

— Pas encore.

— Tu sais, reprit Thibault après un léger silence, tu n’es peut-être pas obligé… Quelquefois, il vaut mieux ne pas savoir…

— C’est ce que tu penses ?

— Je ne veux pas que tu souffres encore.

— J’ai besoin d’en avoir le cœur net, Thib. Il y a un an que je repousse ce moment. Je crois que ça suffit.

— S’il y a vraiment quelque chose, tu me le diras ?

— Bien sûr, que je te le dirai. Et puis tu pourras toujours prétendre que tu ne me crois pas.

— Je te rappellerai tout à l’heure. Tu veux bien ?

— De toute façon, même si je ne voulais pas…

D’un geste ample, il balança son mégot loin devant lui, jeta un regard, en direction du guetteur derrière le rideau.

— À plus tard, Thibault.

Sans se presser, il traversa la place, les mains dans les poches et le nez en l’air, observant les montagnes dont les falaises miroitaient au soleil. Il transpirait sous sa chemise. Toujours pas de pluie.

D’un dernier regard, alors qu’il se trouvait sur le parvis, il embrassa la place ensoleillée et le marronnier.

Ça ne devait pas pousser très vite, un arbre de ce gabarit-là… Bien sûr qu’à l’époque il était déjà là.


Les lectrices en parlent

  • Coup de coeur

    Et si ce que nous rêvions était notre vraie vie, à moins que celle-ci ne soit qu’un songe ? Et si nous avions la possibilité, chaque jour, de vivre plus longuement dans nos rêves ?
    Le dernier roman de Catherine Rolland gomme les frontières de ces deux états et nous plonge dans un récit fascinant qui m’a complètement embarquée…
    Lucia-Lilas
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Addictif et réussi

    Je comprends parfaitement pourquoi Catherine a voulu laisser une nouvelle chance à ce récit, qui a connu une première vie en maison d’édition. Il méritait d’être remis en lumière tant il est génial !
    Tpklbook_95
    ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Époustouflant

    Eh bien voilà, j’ai fini, avec regret « Le cas singulier de Benjamin T », car je me suis régalée, une intrigue délirante maitrisée de main d’orfèvre, une écriture époustouflante, sans fausses notes et sans pause, du grand art, du grand Catherine Rolland ! Ses précédents textes m’avaient séduites, celui-là me bluffe totalement.
    Martine
    ⭐⭐⭐⭐⭐

Ce roman est pour toi si tu aimes

  • Le voyage dans le temps
  • La réalité historique mêlée à la fiction
  • Un récit prenant et émouvant
  • Une belle histoire d’amour et d’amitié

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Un Commentaire

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