Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens

Ce livre, qui m’avait été offert, a longtemps pris la poussière sur les étagères de ma bibliothèque avant que je me décide à l’attaquer, à l’occasion d’une lecture commune organisée par Cecilia, du blog une_page_de_plus.

Mon manque d’empressement à lire cette histoire dont je ne savais rien était-il un signe ? C’est possible.

Caroline du Nord, fin des années 1950. Près de la ville fictive de Barkley Cove, une vaste zone marécageuse s’étend sur des kilomètres de côtes, sauvage et presque inhabitée. Oui, presque, car nichée au plus profond de cette nature luxuriante, difficilement accessible autrement qu’en bateau, se trouve la misérable cabane où la petite Kya habite avec sa famille.

Ce pourrait être le cadre d’une enfance idyllique, sans contrainte d’aucune sorte, sans école et sans règle, s’il n’y avait le père, son alcoolisme et sa violence. Très vite, la mère s’en va puis, après elle, les quatre frères et sœurs de Kya. A six ans, la fillette se retrouve toute seule face à ce père qui – heureusement, d’un certain point de vue – ne tardera pas à l’abandonner aussi.

Commence alors une existence solitaire, en osmose avec la nature et les animaux sauvages que l’auteure prend un plaisir évident à décrire, d’une plume imagée et poétique.

On se laisse éblouir par ce monde fascinant et méconnu que Delia Owens maîtrise sur le bout des doigts : pour cause, elle est zoologiste. C’est donc avec le souci du détail qu’elle raconte le marais, les oiseaux qui le peuplent, les plantes qui y vivent, ce microcosme incroyable de richesse où Kya, petite sauvageonne, se fond, s’épanouit et, lentement, grandit.

Cet hymne à la gloire de la fange primordiale, eût-il été plus court, m’aurait sans nul doute emportée.

N’étant ni férue d’ornithologie, ni particulièrement adepte des romans contemplatifs, j’ai eu quelques difficultés à me passionner pour la destinée de l’héroïne que, contrairement à l’avis de beaucoup, j’ai trouvée austère et assez peu attachante. Bien sûr, on ne peut guère lui jeter la pierre, grandir avec pour seule compagnie des hérons et des moules (sans parler des écrevisses) n’étant pas de nature à développer les capacités d’interaction sociale.

Kya, qui n’a connu l’école qu’un seul jour dans sa vie et ne sait, à quinze ans, ni lire ni écrire, réussira néanmoins à devenir écrivain puis à se voir accusée de meurtre. Étonnante évolution, du roman naturaliste vers une sorte de polar tiède, dont je n’ai pas saisi la cohérence. En l’occurrence, la deuxième partie du roman – pour l’essentiel, une succession de plaidoiries assez ennuyeuses – ne m’a pas passionnée davantage que les envolées lyriques de la première.

La version originale du texte aurait sans doute été plus savoureuse, notamment les très nombreux poèmes dont Delia Owens a émaillé son texte et auxquels la traduction, je pense, ne rend pas vraiment justice.

Si, pour moi, la magie n’a pas opéré, je ne doute pas que l’univers particulier de ce roman, sa lenteur et son décor sauront séduire les inconditionnels de récits naturalistes, en attente d’une ambiance aussi hypnotique et languide que le léger roulis d’une barque mal équarrie, dérivant mollement dans les méandres vaseux des marais.

Cette chronique est parue initialement sur le blog « Au plaisir de lire », que vous pouvez visiter ICI.

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