Une machine comme moi, d’Ian McEwan

Quand on pense aux éditions Gallimard, on pense bien sûr à la collection blanche de la célèbre firme parisienne, beaucoup plus qu’à une maison d’édition fantastique. Néanmoins, en empochant le prix Goncourt en 2020 pour « l’Anomalie » d’Hervé Le Tellier, la prestigieuse maison avait déjà lorgné du côté de la « dystopie » (ces récits de fiction dépeignant une société imaginaire et permettant de dénoncer les travers qui entachent la nôtre). C’est également dans ce genre particulier qu’il convient de classer « Une machine comme moi », le roman de l’auteur britannique Ian Mc Ewan, paru début 2020.

Le Londres de 1982 où vivent Charlie, le narrateur, et sa voisine Miranda ressemble au nôtre, à quelques détails près :

Georges Marchais dirige la France, les Beatles sont toujours au complet, l’Angleterre est en déroute aux Malouines et, le brillant mathématicien Alan Turing s’étant abstenu de mourir, les progrès technologiques dépassent de loin ceux que nous connaissons.

Sur un coup de tête, Charlie achète à prix d’or un « Adam », robot humanoïde doté des derniers perfectionnements en matière d’intelligence artificielle. Il est alors loin de penser que son nouvel ami artificiel va tomber amoureux de sa compagne Miranda ! Contre toute attente, un équilibre paraît s’installer au sein de ce singulier ménage à trois.

Mais les apparences sont souvent trompeuses.

Les sentiments de Charlie pour Adam oscillent entre agacement et admiration, entre de violentes bouffées de jalousie et ce qui ressemble à de l’amitié. Une émotion bien trop humaine quand il s’agit d’un robot ! La situation le perturbe, comme la supériorité intellectuelle de « sa » machine : chaque nuit, en rechargeant ses batteries, l’androïde parcourt Internet et compile des millions de données, capable ensuite, à l’envi, de s’exprimer dans n’importe quelle langue étrangère, de parler en expert de politique, de philosophie ou de littérature.

Le jour où Adam se mêle de l’activité de trader de Charlie et gagne en bourse, en une journée, ce que son « maître » a péniblement amassé en trois mois, ce dernier ne peut que se réjouir. Mais il y a un problème : Adam est une machine, et ses concepteurs ont inclus dans son caractère des principes moraux intangibles : mensonges et tromperies ne sont pas admissibles, quelles que soient les circonstances…

C’est alors que le passé de Miranda refait surface.

« Une machine comme moi » est un roman déroutant, très atypique. L’atmosphère globale est un peu pesante, à l’image de l’existence terne du narrateur. Beaucoup de sujets sont abordés : philosophie, éthique et questionnements politiques et sociaux côtoient des thèmes plus triviaux, notamment le classique triangle amoureux, revisité à l’ère de l’intelligence artificielle.

Intéressant, malgré un certain nombre de longueurs. On pourra regretter que les relations entre les membres de cet improbable trio ne soient pas explorées davantage. Manifestement, l’auteur a préféré mettre en exergue la satire sociale, dont les subtilités ne sont pas toujours simples à décrypter.

Un roman complexe, qui soulève de nombreuses questions philosophiques et morales. Depuis Mary Shelley et son Frankenstein, le thème de la créature s’en prenant à son créateur n’a sans doute pas fini d’inspirer les romanciers.

Cette chronique est parue initialement sur le blog « Au plaisir de lire ». Vous pouvez la retrouver en cliquant ICI.

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